LichtBLICKE, Eupen

Cette maison d'accompagnement a ouvert ses portes en 2019.

Dans cette maison, nous avons interviewé :

Coordinées:
www.lichtblicke.be
info@lichtblicke.be
Panorama 8, 4700 Eupen
0485 441 097
Coordinatrices: Karine Vanommeslaeghe et Yvonne Sebastian

Karine Vanommeslaeghe (d.) et Yvonne Sebastian ont fondé LichtBLICKE. "Même quand les traitements sont terminés, il est important d'avoir un endroit où s'adresser."

“Je suis ici le comique de la bande, ça me fait du bien"

Fernand - Participe à LichtBLICKE aux groupes de parole, au Feldenkrais et à l'atelier de bricolage

Fernand : "Tout a commencé par une intoxication médicamenteuse, à la suite de laquelle j'ai été plongé dans le coma. Pendant ce mois d'hospitalisation, on m'a diagnostiqué un cancer." 

Bernadette : "C'est l'oncologue qui a parlé à mon mari du groupe de parole créé par Karine. ‘Allez jeter un coup d’oeil’, a dit l'oncologue. Parce que Fernand n'allait jamais nulle part."

Avant, Fernand aimait rester à la maison. Maintenant, il essaie chaque activité à LichtBLICKE.

UN BESOIN DE PARLER

Fernand : "C'est vrai. Même à la maison, je disais bonjour à nos voisins, mais il ne fallait pas me demander comment ils s’appelaient, je n’en savais rien. Entendre parler du groupe de Karine a éveillé ma curiosité. Je suis donc allé jeter un coup d’oeil, même si, à cette époque, je n'étais pas en bonne forme physique".

Karine : "Au début, tu avais beaucoup de mal à marcher. Mais tu es quand même venu. C'était très courageux. Il aurait été beaucoup plus facile de rester dans ton fauteuil."

"Après une seule séance, je savais que j'allais continuer."

Fernand : "J’éprouvais un véritable besoin de parler à des personnes qui savaient ce qu'était le cancer. Dans ma famille, les gens ne trouvaient rien à me dire. Et moi-même, je ne savais pas comment en parler à mes enfants ou à mes frères et sœurs."

Bernadette : "Pourtant, un de tes frères est mort du cancer."

Karine : "Je connais ça. Ma mère est morte d'un cancer, il y a onze ans. Quand j'ai été atteinte à mon tour, mon père a dit : "Ça recommence". Il lui est pénible d'en parler. Si je dis que je me sens très fatiguée ou que je n’ai pas d’appétit, il change immédiatement de sujet."

L'ALCHIMIE

Fernand : "Beaucoup de gens ne veulent rien entendre. Mais, dans le groupe de parole, c'est différent. Après une seule réunion, je savais que j'allais continuer. L'alchimie s'est produite d’entrée de jeu."

Bernadette : "Avant, je pouvais dire ce que je voulais à la maison, Fernand n'écoutait jamais. Et, tout à coup, c’est devenu ‘Karine a dit ceci’, ‘Karine a dit cela’. Ma fille m'a chuchoté : ‘Si tu veux lui faire faire quelque chose, appelle d'abord Karine, qu’elle lui passe le message.'" (Rires)

Fernand : "Ici, je suis vite devenu le comique de la bande. Ça me fait du bien. Parfois, nous parlons de sujets très sérieux, de la maladie. Mais, dans l’intervalle, j'aime bien faire des blagues."

Fernand: Parfois, nous parlons de sujets très sérieux, de la maladie. Mais, dans l’intervalle, j'aime bien faire des blagues."

SENTIR L'AMBIANCE

Karine : "L'asbl LichtBLICKE est issue du groupe de parole. Yvonne participait également à nos discussions. Elle tient une maison d’hôtes. Elle a pu mettre un espace à notre disposition, ce qui nous a permis d’étendre nos activités. Et Fernand est en train de tout essayer."

Fernand : "La méthode Feldenkrais, par exemple, c'est une forme de gymnastique très douce. Avant, ça ne m’aurait pas emballé. Mais, maintenant, je participe. Je suis trop vieux pour être gêné. Dans les groupes de parole aussi, je dis les choses telles qu'elles sont: ce qui va et ce qui ne va pas."

"La méthode Feldenkrais, c'est une forme de gymnastique très douce. Avant, ça ne m’aurait pas emballé. Mais, maintenant, je participe."

Désormais, je me laisse guider par ce que la vie m'apporte, et j’essaie d’en tirer le meilleur parti possible. Mes jambes ne me permettent pas de prendre part aux promenades, mais je viens assister au départ. Et, quand les autres sont partis, je m'assieds sur un banc et je lis un livre jusqu'à leur retour. Pendant un moment, au début et à la fin de la promenade, je peux sentir l’ambiance."

"C'est si agréable d'oublier le cancer pendant deux heures"

Bernadette - Participe à LichtBLICKE aux groupes de parole et à l'atelier de bricolage

Bernadette : "Deux ans après Fernand, je suis tombée malade à mon tour".

Fernand : "Peut-être par sympathie." (Tout le monde éclate de rire) 

Bernadette : "Bien sûr, j’avais très envie d’aller à LichtBLICKE, moi aussi. J'avais vu ce que ça faisait à Fernand. Et la période qui a suivi mon traitement n’a pas été facile.

Bernadette: ""Bien sûr, j’avais très envie d’aller à LichtBLICKE, moi aussi. J'avais vu ce que ça faisait à Fernand."

SANS RIEN

Pendant six semaines, j’ai été quotidiennement à l'hôpital pour une radiothérapie. Quand j’avais des questions, c’était l’endroit idéal pour les poser. Et, comme je rencontrais toujours les mêmes personnes dans la salle d’attente, on finissait par bavarder. Mais, après le traitement, je me suis retrouvée toute seule à la maison. Sans rien". 

Karine : "J’ai connu la même frustration. C'est pourquoi j'ai créé le groupe de parole. Même quand les traitements sont terminés, il est tellement important d’avoir un endroit où s’adresser et avoir des réponses à nos questions, quelles qu'elles soient."

"Grâce aux groupes de parole, je voyais Bernadette reprendre son souffle."

Bernadette : "Dans mon cas, mon traitement s’est terminé en mars 2020, alors que la pandémie battait son plein. Durant le premier confinement, les échanges vidéo avec LichtBLICKE m'ont beaucoup aidée."  

Fernand : "Après ces séances de discussion en ligne, Bernadette était beaucoup plus calme. Je la voyais reprendre son souffle, en quelque sorte."

DANS LE MÊME BATEAU

Bernadette : "Un peu plus tard, je me suis inscrite ici pour les activités créatives. Pourtant, je n’avais pas l'habitude de ce genre de choses. Maintenant, j'adore ça et, et apparemment, je suis même douée pour ça. 

Nous réalisons des cartes de vœux pour toutes sortes d'occasions. (Ses yeux brillent) C'est fantastique. Nous avons aussi fabriqué des boucles d'oreilles. Et, entre-temps, nous rions beaucoup. C'est si agréable d'oublier le cancer pendant deux heures."

Karine : "Si cette maison n'existait pas, nous resterions chez nous, enfermés avec nos peurs et nos questions. Ici, nous nous rencontrons et nous sentons que nous sommes tous dans le même bateau."

Bernadette: "Nous réalisons des cartes de vœux. C'est fantastique."

LOIN D'ÊTRE FINI

Yvonne : "Chez LichtBLICKE, nous pouvons aussi dire des choses que nous ne parvenons pas à exprimer à la maison, parce que nous ne voulons pas accabler nos proches ou nos enfants".

Bernadette : "Ma fille me dit parfois : 'Tu es guérie.' Mais, au plus profond de moi, c’est loin d’être fini. Il reste beaucoup de peurs, notamment celle de la rechute. Et elles ne sont pas faciles à écarter."

“L'art-thérapie m'a aidée à aller de l'avant"

Maria - A suivi l'art-thérapie à LichtBLICKE

Maria : "Durant trois ou quatre années, opérations et traitements se sont succédés. Pendant tout ce temps, les visites à l'hôpital ont rythmé ma vie. Et puis, tout à coup, elles n’ont plus été nécessaires. C'était positif, évidemment. Mais, en même temps, je me sentais complètement perdue.  

Pendant mes traitements, j'avais l'impression que quelqu'un d'autre traversait cette épreuve à ma place. Je devais me battre pour survivre. Je n’avais pas le temps de réfléchir.

Maria: "L'art-thérapie permet de prendre conscience de certaines choses."

UNE AMBIANCE AMICALE

C’est seulement quand tout est rentré dans l’ordre que c'est devenu vraiment difficile pour moi. Je me suis brusquement rendue compte que c'était bien moi qui avais vécu tout ça.

Au cours de cette période, les groupes de parole m'ont été très utiles. Surtout parce qu’ils n’étaient pas surpeuplés. En petit groupe, l’ambiance est amicale. Par ailleurs, j’ai énormément apprécié l'art-thérapie proposée par LichtBLICKE."

Karine : "L'art-thérapie est reconnue scientifiquement. La dame qui anime l'activité s’est formée pendant huit ans pour en arriver là.

"À chaque séance de l'art-thérapie, j'étais stupéfaite."

En art-thérapie, il y a d'abord un petit échange d'expériences, puis une méditation, et enfin un jaillissement d’images ou d’émotions que nous reportons sur le papier en peignant ou en dessinant."

Maria : "C’est un moyen de découvrir, dans sa vie, des choses dont on n’avait pas conscience. À chaque séance, j'étais stupéfaite. Une fois, on nous a donné un labyrinthe sur papier. Tout en coloriant, nous devions trouver l’itinéraire vers le centre du labyrinthe. La thérapeute a remarqué que je repassais souvent, avec mon crayon, sur le chemin déjà colorié. Je suis quelqu'un qui revient souvent sur le passé.

LE LABYRINTHE

Aussitôt arrivée au centre du labyrinthe, j'ai dessiné un grand soleil. Ensuite, nous devions suivre, avec notre crayon, le chemin mis en couleur, afin de ressortir du labyrinthe. C’était tout bête, mais j’ai bloqué. Parce que j'avais interprété le chemin colorié comme le parcours que j'avais emprunté pendant ma maladie. Au centre de ce labyrinthe, j'étais bien, j’étais guérie. Je ne voulais pas quitter ce cocon." 

Karine : "Grâce à ces tâches, de nombreux participants parviennent à mettre des mots sur leurs émotions. Nous découvrons ce que nous aimons et ce qui nous effraie."