Huis Erika Thijs, Hasselt

La Maison Erika Thijs se situe depuis 2015 dans le Villerspark de Hasselt.

Nous y avons réalisé des interviews avec:

COORDONNÉES:
www.huiserikathijs.be
info@huiserikathijs.be
Villerspark 5, 3500 Hasselt
011/43 32 99
Coordinatrice: Sandra Duque

Barbara: "Ici, je pouvais recharger mes batteries."

“Les énergies en disent beaucoup plus que les mots”

Visiteuse Barbara –  Dans la Huis Erika Thijs, elle a trouvé soutien pratique et positivité

Barbara: “J’ai commencé par être bénévole. Comme ma maman avait contracté la maladie, je voulais faire quelque chose pour les personnes atteintes d’un cancer. Je recevais les visiteurs et pratiquais la musicothérapie – la discipline que j’avais étudiée avant d’entamer ma formation en ergothérapie.

Comme ergothérapeute, je travaillais dans une maison de repos et de soins (MRS). Je n’avais pas de contrat fixe, et je me défonçais dans l’espoir que ça finirait par payer. D’autant que je voulais vraiment aider les gens. Je me donnais à fond. Un peu trop, peut-être.

"J’étais positive et voulais le rester. Ici, dans la Huis Erika Thijs, ça s’est révélé possible."

Tout à coup, le cancer m’est tombé dessus. Et la direction de la MRS a été claire; ‘Tu comprends que nous ne pouvons pas te garder’.

Après mon diagnostic, je me suis mise à écrire des chansons et de la musique. De la voix, je cherchais à ranimer ma féminité mise à mal par le cancer. La musique était mon ancrage dans la tempête. À force de réfléchir, j’ai découvert une dimension spirituelle à ce qui m’arrivait.  L’être humain passe quelque quatre-vingts ans sur cette terre. Que faire de tout ce temps? C’est la question fondamentale. Je me suis demandé si j’étais heureuse dans ma MRS. Et j’en suis arrivée à la conclusion que j’étais une artiste. Je devais en tenir compte.

Peut-être mon  corps a-t-il voulu me transmettre un message: je dois m’écouter moi-même. J’ai découvert que mon corps cherchait à me rapprocher de l’essentiel. C’est pourquoi, au lieu de lui reprocher de m’avoir trahie, j’ai redoublé de confiance en lui.  

On m’a dit qu’il existait des groupes Facebook pour les personnes atteintes d’un cancer, mais je ne m’y suis pas attardée. J’y lisais trop d’expériences négatives, alors que j’étais positive et voulais le rester. Ici, dans la Maison Erika Thijs, ça s’est révélé possible. D’entrée de jeu, les gens se sont montrés prêts à m’écouter et à m’aider.

Cette maison m’a beaucoup apporté. J’y ai notamment trouvé le soutien pratique que je cherchais.

Barbara: "J’avais beaucoup de problèmes avec mes ongles. La Huis Erika Thijs m’a envoyée chez un pédicure oncologique, qui a pu m’aider."

J’avais beaucoup de problèmes avec mes ongles. Ils noircissaient et se détachaient. C’était très douloureux. Les médecins m’avaient prescrit du vernis à ongles, mais ça n’avait rien changé. La Huis Erika Thijs m’a envoyée chez un pédicure oncologique, qui a pu m’aider.  

En plus des trucs et astuces, j’ai beaucoup apprécié la richesse des entretiens que j’ai eus ici, avec des gens qui, comme moi, voulaient donner du sens à ce qui leur arrivait.  

Chaque fois que je sortais d’ici, j’avais un grand sourire. Ici, je pouvais recharger mes batteries. 

La chaleur que je ressentais n’était pas due avant tout aux paroles échangées,  mais au rayonnement des gens, à leur ouverture d’esprit, leur gentillesse, leur empathie. La vibe de cet endroit est exceptionnelle. Quand quelqu’un vous dit: ‘Tout va s’arranger’, en quoi ça vous aide? Personne n’en sait rien! Les énergies en disent beaucoup plus que les mots.”  

"Tout à coup, on se retrouve toute seule sur le trottoir”  

Sandra: “Après un diagnostic de cancer, toute une équipe de spécialistes et d’oncologues est à votre disposition. Mais, dès que les traitements sont terminés et que la porte du service d’oncologie s’est refermée derrière vous, vous vous retrouvez toute seule sur le trottoir. À ce moment-là, quand la personne commence vraiment à mesurer l’impact que la maladie a eu sur elle, le besoin d’un filet de sécurité se fait sentir. C’est le rôle de la Huis Erika Thijs.

Je parle par expérience, car je suis moi-même passée par là à deux reprises. C’est comme les montagnes russes.  De retour au sol, après tous ces loopings, vous avez encore la tête qui tourne pendant quelques instants. Vous réalisez alors que le passé est révolu. La personne d’après le cancer n’est pas la même que celle d’avant.

Le cancer bouleverse votre vie dans tous les domaines. Votre famille, votre entourage, votre vie sociale, votre situation financière, votre carrière, plus rien n’est pareil. C’est pourquoi je tiens à faire de la Huis Erika Thijs un véritable lieu de vie, avec une offre de services globale.  

Le cancer bouleverse votre vie dans tous les domaines"

Sandra: “Nous misons notamment sur la relation employeur-travailleur."

“Nous misons notamment sur la relation employeur-travailleur. Souvent, le cancer la fragilise. L’employeur se dit: mieux vaut laisser mon travailleur tranquille. Les collègues hésitent à prendre des nouvelles. Et le travailleur, inquiet d’avoir perdu le contact, a peur de retourner au boulot et reste plus longtemps piégé dans son rôle de patient.

Souvent aussi, les intéressés connaissent mal la loi. Beaucoup d’employeurs ne savent pas qu’ils ont droit à une prime quand un travailleur retrouve son emploi après une longue maladie.

"Nous attachons beaucoup d’importance à une redirection ciblée."

 

Et les travailleurs ne pensent pas toujours à une reprise à temps partiel ou dans une autre fonction. Avec la Maison Erika Thijs, nous voulons jeter des ponts entre toutes les parties prenantes.  

Nous ne pouvons évidemment pas réunir toutes les expertises sous le même toit. C’est pourquoi il est important de pouvoir orienter les gens qui s’adressent à nous vers des professionnels compétents. Sinon, trouver la personne susceptible de les aider dans leur situation spécifique peut être un véritable parcours du combattant, extrêmement énergivore. Or, pour se rétablir, ils ont besoin d’énergie. Nous attachons donc beaucoup d’importance à une redirection ciblée. Elle fait partie intégrante de notre mission: contribuer à améliorer le bien-être et la qualité de vie de nos hôtes.”   

 

 

"Broder en groupe me donne de l’énergie"

Visiteuse Mia – Elle participe aux après-midi de travaux d’aiguille dans la Huis Erika Thijs

Mia: “Depuis le traitement, mes ganglions lympathiques fonctionnent mal. Résultat: mon bras droit a augmenté de volume. Souvent, je vois dans un magasin une robe qui me plaît, mais je ne peux pas l’essayer, parce que je ne parviens pas à introduire mon bras dans la manche. À l’hôpital, l’oncologue m’a suggéré que la Huis Erika Thijs pourrait me trouver une solution. C’est comme ça que je suis arrivée ici.”

Mia: "Quand je travaille seule, mon moral dégringole."

J’avais aussi des problèmes avec ma pension. J’étais déjà en congé de maladie depuis 16 mois, et je devais encore bénéficier d’une reconstruction. ‘Nous allons vous mettre à la retraite’, m’a dit le docteur. Je ne savais pas que, de ce fait, il me manquerait quelques mois pour toucher une pension complète. Pendant un an et demi, j’ai dû me débrouiller avec 454 euros. Tout le monde m’envoyait balader. J’étais là, avec mon crâne chauve, et ils ne pensaient qu’à m’enfoncer.

Ça m’a fait tellement de bien quand Leen Goossens m’a dit: ‘Je vais éclaircir cette histoire pour toi’.  Leen officie au tribunal du travail. On peut s’adresser à elle, par l’intermédiaire de la Huis Erika Thijs, pour les questions d’orientation professionnelle. En fin de compte, Leen n’a rien pu changer à ma situation. Mais le seul fait qu’elle s’attaque à mon dossier m’a remonté le moral.  

Toute cette histoire avec ma pension m’a encore plus affectée

"Les gens qui viennent ici ont connu des épreuves similaires."

que le cancer lui-même. Au total, j’avais perdu 18.000 euros. J’avais besoin de parler de l’injustice qui m’avait été faite. Je trouvais ça tellement malhonnête. Il m’a fallu quelques séances chez un psychologue avant de réussir à lâcher prise.

Aujourd’hui, je me sens beaucoup mieux. La chimio et les rayons sont déjà quatre ans et demi derrière moi. Mais la chimio a réduit de 60% la capacité de pompage de mon coeur. À présent, je dois déployer des trésors d’énergie rien que pour ramasser un papier par terre. Et, à cause de mon gros bras, je ne peux ni repasser ni nettoyer.”

"Après chaque visite à la Huis Erika Thijs, Mia rentre à la maison réconfortée."
Eddy, le mari de Mia

Pendant que Mia parle, quelques visiteurs pénètrent dans la Maison Erika Thijs. “Les gens qui viennent ici ont connu des épreuves similaires", explique-t-elle. "Ça crée des liens. Je fais partie du petit groupe qui s’adonne à des travaux d’aiguille. Sur Whatsapp, nous nous appelons les crocheteuses.”

Un peu plus tard, les huit personnes du groupe sont réunies dans la grande salle. Elles ne font pas seulement du crochet, et il n’y a pas que des femmes. Un homme tricote. Mia brode. En un rien de temps, au rythme des bavardages, la convivialié limbourgeoise emplit la salle.  

“C’est vraiment agréable, commente Mia.  Quand je travaille seule, mon moral dégringole. Broder en groupe me donne de l’énergie. Et rien ne nous oblige à parler de la maladie. Nous

"Rien ne nous oblige à parler de la maladie."

préférons discuter de nos enfants et petits-enfants.”

Eddy, le mari de Mia, est assis dans un coin. Il l’accompagne toujours. “Sans lui, je ne pourrais pas venir, précise Mia. Pour arriver ici, il faut rouler un bout de temps et, depuis la chimio, j’ai des problèmes de concentration. De plus, à la fin d’une après-midi bien occupée, je n’ai aucune envie de reprendre le volant.”

Pour Eddy aussi, la vie a changé. “À la maison, beaucoup de choses reposent désormais sur mes épaules.” Eddy est heureux de pouvoir, en tant que proche, utiliser le fauteuil de massage de la Maison Erika Thijs. Le reste du temps, il lit le journal, bavarde avec un bénévole ou prête l’oreille à ce que les dames racontent.”  

Pour Eddy, accompagner sa femme à la Maison Erika Thijs est un plaisir. “Ici, Mia s’épanouit. Après chaque visite,  elle rentre à la maison réconfortée.”